Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 00:48

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C'est entendu, la droite refuse le droit de vote aux élections municipales pour les étrangers non ressortissants des États de l'Union européenne. La proximité de l'élection présidentielle n'est à mon avis pas étrangère à cette position, surtout quand on sait que Nicolas Sarkozy s'était prononcé pour en 20051  mais a sans doute fait volte face influencé par Patrick Buisson, son conseiller issu de l'extrême droite. Il est à noter que 60% de sondés ouvriers et 68% des sondés employés se disent favorable à cette mesure2, il se trompe donc en croyant toucher l'électorat populaire.

 

Parmi les arguments classiques, on relèvera celui de la naturalisation, en effet pour voter il suffit de se faire naturaliser, "suffit" parce que c'est bien connu, on donne la nationalité à n'importe qui et très facilement, il suffit pour cela de lire le témoigagne poignant d'Amine el Khatmi dont la naturalisation a été refusée à sa mère arrivée en France en 19843 ou encore le refus de naturalisation du journaliste Hernando Calvino Ospina à qui on a dit qu'il n'était pas assez "loyal" envers la France4. Où va-t-on ?  En tant que français de naissance, aurais-je le droit de critiquer la politique du gouvernement tandis que les candidats à la nationalité seraient obligés de se taire et de montrer patte "politique" blanche ?

 

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Sur le fond, cette proposition me parait être une mesure de justice, en effet les étrangers non communautaires contribuent comme tout le monde à la vie de la cité, il serait donc particulièrement injuste de les priver de pouvoir s'exprimer sur le choix des conseillers municipaux et se porter candidats. Il n'est pas question comme a pu le prétendre le ministre Guéant qu'ils puissent devenir maire5 et on peut préciser qu'à l'instar des élus municipaux issus de l'Union européenne, ils ne participeraient pas non plus à la désignation des sénateurs. L'argument selon lequel le Parti socialiste chercherait un électorat de substitution n'est guère plus convaincant puisqu'il gère déjà avec ses partenaires de gauche de très nombreuses collectivités locales.

 

Reste la question des modalités, certains voudraient qu'il y ait une réciprocité, cet argument ne me convainc pas, je crois que la "grandeur" de la France c'est aussi parfois d'aller au delà de ces questions et on voit bien que la question de la réciprocité n'est qu'une tentative pour freiner le mouvement puisque cela impliquerait que les États étrangers accordent le droit de vote aux résidents français sur leur territoire. Revenir à un peu d'universalisme dans le contexte actuel ne me semble pas être un grand luxe et la vision étriquée de la France qu'ont certains est un véritable danger pour la cohésion de la Nation.

 

 


1. "Droit de vote des étrangers : pourquoi Sarkozy a changé d’avis", Le Parisien le 08/12/2011.

2. "Droit de vote des étrangers : une majorité de Français favorable", Le Parisien le 28/11/2011.

3. "Le crachat et le rêve français…", Libération le 02/12/2011.

4. "Un journaliste colombien pas assez « loyal » pour devenir français", Rue89 le 08/12/2011.

5. "Maires étrangers, les fantasmes de Guéant", blog Désintox de Libération le 05/12/2011.

Par Steven Dutartre - Publié dans : Citoyenneté - Communauté : Politique française
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Bienvenue !

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J'ai une formation de droit public à l'université Paris 13 Nord et à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

 

J'ai participé à la fondation du Cercle citoyen en 2011, une association de réflexion politique non partisane.

 

Je suis également contributeur sur le site de vulgarisation juridique "Un peu de droit".

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